Le Palais Curtius accueille du 8 septembre 2016 au 15 janvier 2017 une exposition intitulé « CoBrA et après ». Le parcours rassemble des œuvres des principaux artistes de ce mouvement essentiel dans l’histoire de l’art du 20e  siècle. Les œuvres sont notamment signées par Christian Dotremont, Pol Bury, Joseph Noiret, Serge Vandercam, Pierre Alechinsky, Hugo Claus, Lucebert, Karel Appel, Corneille, Carl-Henning Pedersen, Asger Jorn ou encore Jacques Doucet.

pierre-alechinskyAcronyme de « Copenhague, Bruxelles, Amsterdam », du nom des villes de résidence de la plupart de ses membres fondateurs, CoBrA est un mouvement artistique essentiel dans la Belgique d’après-guerre. Le groupe trouve son origine à la Conférence Internationale du Centre de Documentation sur l’Art d’Avant-garde, qui se tient à Paris du 5 au 7 novembre 1948. Organisée par Noël Arnaud, Edouard Jaguer et René Passeron, cette conférence rassemble plusieurs groupes actifs dans le mouvement surréaliste révolutionnaire. Les débats vont rapidement révéler des désaccords profonds et des tensions entre les artistes français et étrangers. Face aux polémiques et au despotisme des participants parisiens, les représentants de trois groupes décident de claquer la porte de la conférence. Il s’agit du Groupe surréaliste révolutionnaire belge, du Groupe expérimental danois et du Groupe expérimental hollandais.

 

Le 8 novembre 1948, les artistes et écrivains représentant ces trois groupes se réunissent dans un café près de Notre-Dame à Paris. Ils vont rédiger un bref manifeste intitulé « La cause était entendue ». Les Belges Christian Dotremont et Joseph Noiret, le Danois Asger Jorn et les Hollandais Karel Appel, Constant et Corneille, signent ce manifeste au nom de leurs groupes expérimentaux respectifs. C’est l’acte de naissance de CoBrA.

 

En 1948, la population sort non seulement de quatre années d’enfer mais aussi de près de 15 ans d’assèchement créatif et culturel. L’abstraction et le surréalisme sont étouffés. Les artistes et intellectuels sont alors souvent communistes, mais rechignent à suivre Staline et son commissaire Jdanov. « Le surréalisme révolutionnaire » est une aberration quand il veut être le « réalisme soviétique ».

 

CoBrA est la première grande « Avant-Garde Artistique » en Europe d’après-guerre. Aux Etats-Unis, avec l’expressionnisme abstrait de Pollock, un mouvement similaire est en route. Ce qui est particulièrement révélateur, c’est le départ de CoBrA depuis les pays du Nord, moins touchés par les nationalismes des années 30. Les Danois sont fascinés par les arts primitifs, les archaïsmes et les forces naturelles. Les Hollandais, par la spontanéité enfantine. Après l’horreur de la guerre, CoBrA veut revenir à un langage plus universel, naïf et primitif. Il veut retrouver une pureté joyeuse et insouciante. CoBrA est libertaire et anarchiste. CoBrA, c’est aussi une volonté de transcender les nationalités. C’est aussi le désir de vivre ensemble: ses artistes s’invitent l’un, l’autre, font des œuvres partagées et voyagent ensemble.

 

Le mouvement CoBrA ne dure que trois ans. Les membres se séparent en effet en 1951. Quelle sera l’influence de CoBrA ? Quel sera le prolongement artistique des différents artistes qui ont participé à cette aventure ? Quelles sont les traces de CoBrA dans les créations postérieures à 1951 ?

 

Le parcours de l’exposition est à la fois chronologique et monographique. On découvre les débuts, très Danois  et basés sur la revue « Hehelsten ». Le « grand cri jubilatoire et libératoire » de CoBrA se termine brusquement. Les artistes exposent à Liège, dans l’actuel Palais du Boverie, jusqu’au 6 novembre 1951. Deux jours après, trois ans jour pour jour après sa création, Dotremont prononce la dissolution de CoBrA dans une lettre à Alechinsky. Les deux « papes » de CoBrA, Jorn et Dotremont, sont malades, tuberculeux. Chaque artiste continue à sa manière. Dotremont se lance dans les logogrammes, Constant évolue vers de grands dessins architecturaux. Beaucoup d’artistes, dont Alechinsky et Appel restent bien fidèles aux fondamentaux de l’esprit CoBrA : la force picturale, les rêves enfantins, la force du geste, l’expressivité pure.

 

Jean-Christophe Hubert

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