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Le Prix de la Fondation Désiré Jaumain

Le Prix 2019 de la Fondation Désiré Jaumain est attribué au TrinkHall.Museum pour la publication du catalogue de sa collection.

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Huit associations culturelles se sont portées candidates à ce Prix, d’un montant de 12 500 euros, qui cette année visait à permettre la publication d’un ouvrage illustré consacré à un artiste ou un mouvement artistique lié à la Wallonie. Cette publication devait accompagner une exposition ou un ensemble de manifestations.

Tel est le cas de la réouverture du musée du Créahm, rebaptisé le Trink-Hall.Museum, avec un programme associant de nombreux partenaires s’ouvrant en décembre 2019 et culminant avec l’inauguration du nouveau bâtiment en mars 2020.

La Fondation a pour but d’encourager les initiatives de qualité exceptionnelle en Wallonie. Les décennies d’action et de réflexion au sein du Créahm s’inscrivent pleinement dans la relation entre art et société à laquelle la Fondation avait déjà été attentive en attribuant son prix 2008 au Centre La Pommeraie (Beloeil) pour la promotion de l’art par les personnes porteuses d’un handicap mental.

Soulignons que la première exposition monographique au Trink-Hall.Museum sera réservée à un artiste de La Pommeraie, Jean-Michel Wuilbeaux.

Mais qu’est-ce au juste la Fondation Désiré Jaumain?

De son intitulé complet « Sciences, Art, Culture en Wallonie-Fondation Désiré Jaumain », constituée en 1973, reconnue « Fondation d’utilité publique », elle a délivré ses premiers prix en 1988.

Elle fait référence à ce médecin spécialisé en biologie clinique, conscient que l’avenir de la Wallonie dépend de son potentiel scientifique, artistique et culturel. Mécène, il a fait un don exceptionnel au Musée de l’Art wallon et offert à l’Université de Liège l’exemplaire en bronze de « la Folle danseuse » de Rik Wouters.

« La Fondation a pour but d’aider à l’épanouissement de la Wallonie, à l’harmonisation et à la coordination des aspirations de tous les Wallons en récompensant des mérites exceptionnels ou en rendant possibles des efforts exceptionnels susceptibles d’apporter un bénéfice moral ou matériel à la Wallonie ou une des provinces qui la composent dans le domaine des sciences et de leurs applications, des arts et de la culture » (article 2 des statuts).

Son Conseil d’administration est composé d’enseignants de toutes les universités de Wallonie et de représentants du monde culturel.

Les prix, biennaux, ont récompensé des chercheurs de disciplines très variées (biochimie, cancérologie, microélectronique, économie, médecine sportive, entomologie,etc) et, en art et culture, l’historien du patrimoine rural Luc-F. Génicot, le luthier Gauthier Louppe, le Musée gaumais (Virton), l’éditeur Yellow Now, Lire et Ecrire , ainsi que La Pommeraie déjà citée. Renseignements: www.fondation-desire-jaumain.be

DOSSIER DE PRESSE

INAUGURATION DU TRINK-HALL.MUSEUM ancien MADmusee – Liège VISITE DE CHANTIER JUIN 2019

La rénovation architecturale et la réouverture muséale de l’emblématique « Trink-Hall », anciennement Madmusée et Madcafé prennent forme dans le Parc d’Avroy à Liège en vue d’une inauguration en mars 2020.

Dès le 19 mars 2020, l’offre culturelle de la Ville de Liège comptera un nouveau musée. Le Trink-Hall.Museum, anciennement MADmusée, ouvrira les portes de son tout nouveau bâtiment du parc d’Avroy, à Liège. S’inscrivant à l’avant-scène du paysage artistique liégeois, il entend développer de nombreuses collaborations avec les différents acteurs de la vie artistique, sociale et culturelle, à Liège et bien au-delà des frontières de la ville. L’ouverture du Trink-Hall.Museum est l’aboutissement d’un projet qui a mis plus de dix ans à se concrétiser. Le projet de réhabilitation et d’extension du bâtiment est porté par la Ville de Liège et l’asbl Créahm qui, depuis quarante ans, défend dans une perspective qui reste profondément novatrice et engagée l’expression artistique des personnes porteuses d’un handicap mental. Le Trink-Hall.Museum bénéficie de l’accompagnement de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de l’indéfectible soutien de la Ville de Liège. Il est, à ce titre, l’expression d’une politique urbaine qui envisage l’art comme un instrument d’émancipation inspiré par le désir et l’exigence d’un mieux- vivre.

Après un concours porté par la Ville de Liège, la rénovation est confiée à l’Atelier d’Architecture Beguin-Massart. La réhabilitation et l’extension du bâtiment se traduit par une enveloppe translucide audacieuse, englobant l’ancien bâtiment des années 60 dans sa structure architecturale.

Près de 3000 œuvres d’art réalisées par des personnes handicapées mentales en contexte d’atelier seront conservées, diffusées et présentées au public. Les espaces d’exposition dédiés à la collection couvriront 400 m2 au premier étage et des espaces d’expositions temporaires sont également prévus.

La direction artistique du Trink-Hall.Museum a été confiée à l’Historien Carl Havelange, qui propose de redéfinir la création d’artistes handicapés mentaux accompagnés en atelier à travers la notion nouvelle d’Arts situés. Dans ce contexte, les œuvres du musée seront mises en dialogue avec des objets de collections, des œuvres historiques ainsi que des œuvres d’artistes contemporains belges et étrangers, prêtées par des collectionneurs privés ou de grands musées. « La notion d’arts situés définit la politique muséale du Trink-Hall. Elle repose sur un mode de perception et de compréhension des œuvres qui intègre la dimension fondamentale de leurs environnements (…) Dans leur grande majorité, les artistes représentés dans la collection sont porteurs d’un handicap mental. Mais la richesse et l’extraordinaire diversité de leurs œuvres ne permet de reconnaitre a priori aucune caractéristique générale, ni de genre, ni de style, qui serait associée au handicap mental. Ni le handicap, ni la maladie mentale, ne génèrent des formes expressives spécifiques. Au regard de la collection, la seule caractéristique vraiment pertinente est une caractéristique, ici encore, de situation : celle de la vulnérabilité individuelle ou sociale des auteurs ». C.H.

Au printemps 2020, le musée réintégrera son bâtiment et changera de nom. Ce changement de dénomination procède de l’affirmation d’une identité et d’un nouveau programme d’expositions. La perspective de l’ouverture est la réalisation et l’aboutissement d’un long processus, mais c’est aussi l’occasion de poser des questions, de repenser le projet du musée.

Le café-restaurant, donnant sur le parc d’Avroy et son kiosque, restera accessible librement au public. S’inscrivant dans la politique sociale du musée, cette adresse, conviviale et gourmande, qui accueille aussi des conférences et des concerts, est une entreprise de formation par le travail.

Calendrier Date de fin des travaux : début de l’automne 2019 Date du déménagement des équipes muséales et de la collection : automne 2019 Colloque international à la Cité Miroir : décembre 2019 Inauguration du Musée et ouverture des expositions : 19 mars 2020

LE PROJET ARCHITECTURAL

Réalisé par le bureau d’architecture Beguin-Massart, le bâtiment, recouvert d’une résille opaline aux contours doucement arrondis, se dépose comme une lanterne au cœur de la ville. Il est l’aboutissement d’une réflexion où les architectes ont su rencontrer la poétique du lieu, son histoire, sa beauté, et toutes les exigences fonctionnelles d’un musée d’aujourd’hui. Avec plus de 600 m2 de surface d’exposition, un espace librairie, un centre de documentation, un espace d’activités pédagogiques, le Trink-Hall.Museum s’inscrit dans une nouvelle dynamique. Le café-restaurant, ouvrant largement sa terrasse sur le parc d’Avroy, reste librement accessible au public et renforce la dimension d’échange et de sociabilité qui caractérise le lieu depuis le XIXe siècle.

LE PARTI ARCHITECTURAL

Conserver le Trink-Hall n’est pas restaurer une somme d’ouvrages représentatifs du savoir-faire ancien, ou encore significatifs d’un mode de vie disparu. C’est conserver un espace qui, au bord de l’abandon, a été investi par un groupe d’utilisateurs et a acquis une valeur sentimentale autant que fonctionnelle.

Le projet a emprunté son image conceptuelle à celle d’une cloche protectrice, comme celle des musées où les objets précieux sont protégés et mis en valeur. Mais la mise sous cloche de l’icône sixties, objectif quasi-muséologique, ne pourrait pourtant être la seule justification. La solution architecturale émerge au croisement d’un faisceau de paramètres à résoudre et d’intentions rationnelles ou intuitives. L’enveloppe continue et englobante en polycarbonate alvéolaire qui a été imaginée autour du bâtiment existant a le premier mérite de la compacité.

Il s’agissait en effet, malgré l’objectif d’expansion, de ne soustraire au parc aucun précieux mètre carré superflu d’espace vert. Une conséquence supplémentaire de l’option compacte consistant à superposer les fonctions plutôt que de les étendre est de conférer au musée une visibilité accrue, une prédominance face à tous les usages festifs et envahissants qui le cernent plusieurs fois par an : foire d’octobre, cirque, festivités diverses….

Il s’agissait ensuite de pallier avec rigueur et drastique économie de moyens les désordres tant énergétiques que structurels du bâtiment vieillissant. Une seule et même enveloppe, isolante par nature, permet de conférer à l’ensemble des espaces du projet, qu’ils soient existants ou nouveaux, les mêmes caractéristiques conformes aux exigences thermiques actuelles. Un des atouts résultant de cette option est l’espace interstitiel périphérique qui nait entre la forme du bâtiment existant et la nouvelle enveloppe. Il offre dès l’entrée la possibilité d’embrasser dans un seul regard, sur une double hauteur, le déploiement des espaces d’exposition reliés par un escalier et un ascenseur. Il peut à l’occasion accueillir des sculptures ou des structures spatiales de grandes dimensions. Il profite à la bibliothèque, à la galerie d’exposition temporaire, ainsi qu’au café que l’on désenclave et qui se développe comme une longue terrasse face au kiosque, sur toute la longueur du bâtiment. Il fluidifie les relations entre le musée et les fonctions voisines et permet d’ouvrir les espaces du bâtiment existant sur la galerie. Enfin, et ce n’est pas le moindre, un atout fondamental supplémentaire consiste en la profusion de lumière douce qui traverse l’enveloppe pour baigner le bâtiment tout entier.

LES ESPACES D’EXPOSITION

Le plateau muséal principal de 300m2 a été placé en situation privilégiée sur l’ancienne toiture terrasse du bâtiment englobée dans l’enveloppe, en balcon ouvert sur le grand hall d’accès et sur l’espace d’expositions temporaires. Il est légèrement amputé par un petit volume aveugle posé en encorbellement sur la rive de l’ancienne toiture, qui offre les conditions adéquates à l’exposition des œuvres les plus fragiles.

Le dispositif est complété par l’adjonction d’un espace porté par une unique colonne centrale qui crée un nouveau signal, un porche d’entrée et une salle d’exposition supplémentaire de 100m2.

LA STRUCTURE

La toiture repose sur un quadrillage de fines poutres d’acier franchissant une portée libre de 21 mètres enjambant toute la construction existante sans aucun report de charge ; les caissons quadrillés modulent les espaces d’exposition, jouent le rôle de diffuseurs pour l’éclairage, tout en servant de support pour la suspension des cimaises d’exposition mobiles.

La couverture végétalisée constituera un des nouveaux parterres du parc, surface géométrique sensiblement biomorphe, visible depuis les hauts immeubles d’appartements périphériques. On la rêve recouverte de boutons d’or et de pissenlits, plantes indépendantes rebelles aux jardiniers.

LA PEAU

La nouvelle enveloppe est opaline et isolante, préservant l’intériorité, adoucissant la lumière qui baigne les espaces d’exposition. De grands cadres vitrés découpés dans la peau diaphane s’ouvrent vers le parc pour héler les éléments voisins, pour capter l’attention de l’extérieur. Les visiteurs du musée et les promeneurs seront unis dans le hasard de leurs déplacements par des regards croisés.

Les signes iconiques du bâtiment existant, désormais paysage intérieur dans le bulbe du Trink-Hall.Museum, sont mis en scène, cadrés par de généreuses ouvertures, telles des images fragmentées.

De nuit, le bâtiment faiblement éclairé apparaît comme une lanterne irradiant doucement dans le parc.

LA MUSEOGRAPHIE

Un volet non négligeable du projet consiste en la conception du mobilier muséographique en étroite complémentarité avec le dessin d’architecture. (Mobilier d’accueil, bookshop, rayonnages du centre de documentation, tables et banquettes d’exposition, cimaises suspendues).

LES ACTEURS DU PROJET

Maître de l’ouvrage Ville de Liège, Département des travaux, Service des bâtiments communaux

Architecte Atelier d’architecture Beguin-Massart 28, rue Grandgagnage, B-4000 Liège beguin-massart.be 04/222 14 30 AB : 0498/289 108 / BM : 0493/189 656

Stabilité / Techniques spéciales / Sécurité-Santé / PEB Bureau d’études Greisch s.a

Bureau d’étude en éclairage Jacques Fryns

BUDGET

Montant d’adjudication : 2.800.000 € TVAC, hors honoraires Intervention des différents pouvoirs subsistants dans le coût des travaux : Fédération Wallonie Bruxelles 64% / Ville de Liège 22% /Créahm, Région wallonne 14%

BREF RETOUR CHRONOLOGIQUE

1835: Le comblement de la rivière d’Avroy en 1835, a donné son assise et sa courbure fluide au boulevard. Le parc d’Avroy lui-même se présente comme une ile oblongue. Son aménagement (Blonden 1863, Edouard Keilig 1879) constitue un microscome particulier, tout en perspectives furtives, en sinuosités, en découvertes par ricochets.

1880: Construit en 1880 sur les plans de l’architecte A. Renier, le pavillon du Trink-Hall est assis avec prestance dans le parc aux parterres luxuriants. L’architecture éclectique a des relents mauresques, elle exalte l’organicité de la fonte, la légèreté des structures. Les terrasses de l’étage offrent une vue panoramique sur le parc ondoyant, sur l’étang tout proche, sur le kiosque qui leur fait face. Incendié en 1908, reconstruit en 1910, démantelé lors de la guerre 1914-18, le Trink-Hall a été restauré et utilisé jusque dans les années ’50, puis finalement démoli en 1961.

1963: Le pavillon ancien fait place à un bâtiment moderne, construit en 1963 sur les plans de l’architecte Maurice Chalant. L’architecture californienne n’est pas loin. L’assortiment des matériaux est éclectique : assises de moellons de grès, châssis largement vitrés au reflets dorés, bétons blanchis aux lignes nettes, géométries prismatiques ludiques du volume de l’étage. Robes bouffantes, pantalons tubes et lunettes de soleil semblent être les accessoires indispensables pour prendre pied sur la vaste toiture terrasse panoramique, pour endiabler la piste de danse et se détendre au restaurant. En arrière-plan, les immeubles à appartements élevés s’intercalent avec impertinence dans la continuité des bâtisses patriciennes en pierre de taille des boulevards. Au milieu de ce parc d’Avroy qui a perdu sa prestance de début de siècle, le kiosque circulaire construit en 1938 par l’architecte Jean-Joseph Moutschen et le Trink-Hall moderniste forment un couple charmant à l’ombre de quelques arbres centenaires. Fin des années 70, le bâtiment, perclus de divers maux, se dégrade peu à peu et s’étiole.

1982: En 1982, le Créahm (créativité et handicap mental), à la recherche d’un lieu pour développer des ateliers artistiques, investit ce bâtiment abandonné, propriété de la Ville de Liège, le squatte quasiment, avant d’établir avec la Ville un partenariat. Au fil des années, la production prolifique et fascinante des artistes handicapés mentaux est exposée, rencontrant un intérêt grandissant.

1992: Les ateliers du Créahm migrent vers le quai Saint-Léonard. La fondation du Centre d’Art Différencié (CAD) dans le parc d’Avroy répond à la nécessité d’exposer les œuvres réalisées en atlier.

1998: Le CAD devient le MAD ( Musée d’Art Différencié). Un changement de nom qui témoigne de la volonté de professionnaliser la gestion de la collection.

2004: Manquant progressivement d’espaces de qualité pour développer son ambition de conservation, d’acquisition et de promotion des œuvres des artistes handicapés mentaux, l’équipe du MADmusée amorce une réflexion autour du bâtiment et invite les utilisateurs, des urbanistes, des personnalités du monde culturel, des architectes à débattre autour d’une table ronde sur les questions de la conservation du bâtiment ou de sa démolition / reconstruction en vue de la valorisation de l’outil muséal. À l’issue d’un débat animé, une nette préférence se dégage pour le maintien du bâtiment du Trink-Hall.

2007: Au terme d’une longue concertation avec les locataires des lieux, la Ville de Liège met en place un concours pour la rénovation et l’extension du Trink-hall.

2008: Lauréat du concours en marché public en 2008 : Atelier d’architecture Aloys Beguin-Brigitte Massart sprl. Collaborateurs : Alix Welter, Grégoire Fettweis, architectes, avec l’assistance du bureau d’études Greisch (stabilité, techniques spéciales).

Le musée est officiellement reconnu musée de catégorie B par la Fédération Wallonie Bruxelles.

2015: Adjudication.

2017: Les difficultés rencontrées lors de la recherche de subsides retardent l’avancement du projet. Le chantier débute en janvier 2017.

2020: Inauguration du Trink-Hall.Museum

LE PROJET ARTISTIQUE

Créé à Liège en 1979 par Luc Boulangé, le Créahm est une association dont l’objectif est de révéler et de déployer des formes d’art produites par des personnes handicapées mentales. Pour ce faire, le Créahm a mis en place des ateliers de création animés par des praticiens en arts plastiques et en arts vivants, inscrivant ainsi son projet dans un cadre pleinement artistique, et non plus thérapeutique ou occupationnel. L’originalité et l’importance de cette démarche, du point de vue artistique, mais également sociétal et politique, sont aujourd’hui encore au centre des objectifs poursuivis par le Créahm. Les structures qui, par la suite, en sont nées, le Centre de jour Créahm Liège (1994) et le MADmusée (1998), constituent, avec les ateliers, ce que nous appelons le « Grand Créahm » et relèvent du même projet d’ensemble. Le Trink-Hall.Museum, en remplaçant le MADmusée, s’inscrit dans la même perspective.

UNE NOUVELLE POLITIQUE MUSEALE

Comme par le passé, le musée développe et met en valeur sa très riche collection : ce sont, venant du monde entier, près de trois mille œuvres essentiellement réalisées par des artistes handicapés mentaux. Mais, dorénavant, avec un projet muséal profondément renouvelé autour de la notion d’arts situés.

La notion d’arts situés confère au musée sa nouvelle identité. Elle manifeste la singularité du Trink-Hall.Museum dans le paysage des arts contemporains et commande la mise en place de son programme d’expositions, de recherche et de médiation. Elle englobe, sans s’y restreindre, les régimes d’expression liés au handicap mental et les expériences qui leur sont associées, notamment dans le cadre des ateliers de création qui se sont développés à travers le monde depuis une quarantaine d’années.

À ce titre, les liens que le musée entretient avec les ateliers du Créahm restent très étroits. Mais les domaines que la collection du Trink-Hall.Museum et l’expérience historique des ateliers permettent d’envisager dépassent largement le seul registre du handicap mental. Ils touchent à la question même de la création artistique et des relations qu’elle entretient avec la société, le monde et chacun d’entre nous. Le TrinkHall.Museum est un musée d’arts contemporains dont la politique est adossée à l’expérience des ateliers.

LES ARTS SITUES

La notion d’arts situés définit la politique muséale du Trink-Hall.Museum. Elle repose sur un mode de perception et de compréhension des œuvres qui intègre la dimension fondamentale de leurs environnements : une œuvre d’art est un système de relations localisées dont l’expression esthétique est le moyen et l’effet. Toute œuvre d’art, en ce sens, est située. Mais certaines, plus que d’autres, étant donné leur apparente singularité ou leur relative marginalité, font entendre plus fortement la voix de leur situation. Ainsi en va-t-il des œuvres conservées dans la collection du Trink-Hall.Museum : elles sont, en leur lieu singulier, l’instrument privilégié qui donne à voir et à comprendre les conditions mêmes de l’expérience artistique – ce que l’on peut appeler la « condition artistique », dans la même perspective que l’on parle de la « condition humaine »…

ART ET HANDICAP MENTAL

En excluant toute forme de stigmatisation liée au handicap mental, la notion d’arts situés rend pleinement justice à la richesse, à la diversité et à l’intérêt exceptionnels de la collection que le musée abrite. En plaçant à l’avant-plan la question des dispositifs de création et de réception, la question des environnements, elle rend intelligible la puissance esthétique et la signification sociétale ou politique des œuvres. En s’adossant à la singularité des pratiques d’atelier, elle fait éclater les catégories de genre ou de style au bénéfice d’une compréhension ouverte et vivante des œuvres.

VOIR ET COMPRENDRE AVEC LA COLLECTION

Tel est le principe qui guide l’identité et les missions du Trink-Hall.Museum : ne plus seulement regarder la collection avec les yeux du monde de l’art, mais regarder le monde de l’art, aussi bien, avec les yeux de la collection.

Un principe qui invite à déployer les activités du nouveau musée dans trois directions complémentaires : – prendre soin de la collection, d’abord, la conserver, l’enrichir, l’étudier et la diffuser ; – l’inscrire, ensuite, dans le paysage plus vaste des « arts aux frontières de l’art » ou des « arts du dehors » dont les héritages et l’insistante présence aux portes des arts contemporains constituent un phénomène de toute première importance ; – la mettre en usage, enfin, au bénéfice d’une exploration et d’une compréhension renouvelées des conditions générales de l’expression artistique.

ART ET SOCIETE

Le programme des arts situés, tel qu’il est mis en œuvre au Trink-Hall.Museum, repose sur une simple lecture des éléments qui définissent notre collection : « des œuvres d’art réalisées par des artistes handicapés mentaux en contexte d’atelier ». : – Il s’agit bien d’œuvres d’art, la démonstration n’est plus à faire, et la mission du musée relève pleinement du domaine des arts. Mais la situation particulière des œuvres de la collection, aux portes ou aux frontières du monde des arts, met en trouble les évidences, les convictions, les partages convenus et ravive ainsi les questions, les plus simples et les plus fondamentales, concernant la nature, les moyens et les fonctions de l’art. De la marge relative où elle se tient, la collection du Trink-Hall.Museum est un observatoire idéal du monde de l’art.

– Dans leur grande majorité, les artistes représentés dans la collection sont handicapés mentaux. Mais la richesse et l’extraordinaire diversité de leurs œuvres ne permettent de reconnaître a priori aucune caractéristique générale, de genre ou de style, qui serait associée au handicap mental. Ni le handicap ni la maladie mentale ne génèrent des formes expressives spécifiques. Au regard de la collection, la seule caractéristique vraiment pertinente est une caractéristique, ici encore, de situation : celle de la vulnérabilité individuelle ou sociale des auteurs. Elle permet d’identifier et de comprendre, pour une part importante, les ressources expressives mises en œuvre dans les productions des artistes porteurs d’un handicap mental. Elle renvoie, en outre, au principe beaucoup plus général de la fragilité et, pour le dire d’un trait, à une poétique de l’écart qui soutient toute forme d’expression artistique.

Le principe de fragilité se trouve au cœur du dispositif de l’atelier. Celui-ci, en effet, en créant un environnement singulier, ouvre des voies individuelles d’expression par la grâce, notamment, du compagnonnage complexe qui réunit les artistes handicapés et leurs animateurs, eux-mêmes artistes de profession et de vocation. Plus généralement, le dispositif d’atelier, quelle qu’en soit la structure, organise un collectif. Il rend visible, en son lieu propre, une dimension générale de l’expression artistique généralement masquée par le stéréotype culturel de la toute-puissance de l’individu créateur. En outre, en construisant un monde d’expressions au départ des situations fragiles, il porte en bannière les fondements et les raisons d’une société authentiquement démocratique.

LE RESEAU INTERNATIONAL DU TRINK-HALL.MUSEUM

Le musée abrite une collection mondialement reconnue. Son objet est unique et original.

La singularité du musée est d’assurer la conservation, la valorisation et la diffusion d’œuvres produites par des artistes handicapés mentaux dans un contexte d’ateliers. Des œuvres produites par le Créahm mais aussi par tous les ateliers qui, dans le monde entier, ont pour objectif de révéler et de déployer des formes d’art produites par des personnes handicapées mentales. Ces ateliers artistiques sont supervisés par des animateurs, eux-mêmes artistes, qui veillent à mettre en place un environnement capacitant en relation avec le développement individuel de chaque participant. Bien que les méthodes appliquées par chacun de ces ateliers soient diverses, la politique d’acquisition du musée tend à respecter ce cadre. Le Trink-Hall.Museum c’est aussi un riche fonds documentaire sur les expressions artistiques dites hors-normes.

La collection : 86 ateliers. Environs 20 pays. 2570 œuvres. Le centre de documentation : 2000 publications dont un fonds spécifique dédié aux pratiques architecturales non conventionnelles.

Dès sa création, le Créahm s’est voulu fédérateur : tout autant lieu de création que relais pour les autres associations qui développent la pratique artistique au sein de leurs propres structures. Ceci explique pourquoi la collection du musée ne se limite pas aux œuvres directement issues du Créahm. C’est en 1992 que les axes de recherches de la collection sont véritablement posés : les ateliers migrent vers le quartier Saint-Léonard et le bâtiment du parc d’Avroy devient le Centre d’Art Différencié (CAD). Ce centre répond à la nécessité d’exposer les œuvres réalisées en atelier et de promouvoir cette mouvance de la création contemporaine.

Le premier fonds est constitué de dessins, de gravures et de sculptures venus des ateliers de l’association ou glanés, au fil de son histoire, auprès d’autres institutions dont elle a croisé la route (Creative Growth Art center, Oakland (USA), Arts project Australia, Melbourne (AUS), La Tinaia, Firenze (IT), Project Ability, Glasgow (UK), etc.). Un fonds diversifié à travers lequel on peut lire l’histoire du Créahm et de ses contacts internationaux. La collection possède donc une dimension historique indéniable. Elle compte en son sein des artistes de renommés tel que Dwight Mackintosh (USA), Dan Miller (USA), Serge Delaunay (BE), Giovanni Galli (IT), Josef Hofer (AUT), Martin Thompson (NZL), Pascal Tassini (BE), Paul Duhem (BE), etc. La collection comprend des classiques de l’art outsider mais aussi des nouveaux talents à défendre avec la même conviction.

Il est essentiel de rappeler que le Créahm est un précurseur dans le domaine Art et Handicap. Rappelons qu’il n’existe aucun pays qui compte autant d’ateliers artistiques pour personnes en situation de handicap mental que la Belgique (Créahm Bruxelles, La « S » Grand Atelier à Vielsalm, La Pommeraie à Ellignies-Sainte-Anne, De Zandberg à Harelbeke, Wit.h à Courtrai, Home André Livémont à Aubechies, etc.). Par ailleurs, sur notre territoire, trois musées œuvrent dans ce champ d’action si particulier que sont les arts hors-normes : le Musée du Dr. Guislain à Gand, le Art et Marges musée à Bruxelles et le Trink-Hall.Museum à Liège.

Le Trink-Hall.Museum possède un exceptionnel patrimoine artistique contemporain qui a une renommée indéniable sur la scène belge et internationale.

LE PROGRAMME DU TRINKHALL.MUSEUM

LES SAISONS DU MUSEE

Les activités du Trink-Hall s’organisent autour de thématiques annuelles. En suscitant dialogues, expériences et confrontations, celles-ci permettront de développer et de renouveler très souplement, de saison en saison, le projet des arts situés. Le TrinkHall.Museum est un lieu de vie, d’émotion et de pensée ouvert sur la ville et sur le monde, un lieu d’émulation où s’éprouvent la nécessité de l’art et ses multiples dimensions. Expositions, productions d’ateliers, publications, résidences d’artistes, causeries, concerts, projections, spectacles ou performances jalonnent les saisons du Trink-Hall.Museum et tissent, au départ de la collection, un riche et durable maillage de partenariats avec des musées, des institutions culturelles, des artistes, des écrivains, des chercheurs. Au cœur du musée, l’exposition thématique qui ouvre chaque saison est un foyer de rayonnements, le point d’appui d’où se pensent les activités et la plupart des collaborations du musée.

La première saison du Trink-Hall.Museum est consacrée à la thématique du visage. La collection en offre une illustration extraordinairement diverse et d’une bouleversante intensité – comme si, dans le refuge des ateliers, pouvait depuis quarante ans librement se déployer la question même de l’identité. Les images et les sculptures de la collection paraissent traverser toute l’histoire de l’art, hantée, depuis les origines et jusqu’à aujourd’hui, par la figuration des visages. Encore ne sont-ce pas les formes affirmatives ou les plus communément célébratives de la visagéité qui sont ici données à voir, mais toutes ses déclinaisons interrogatives. Les visages de la collection traversent les frontières de l’identité, ils s’effacent, se dédoublent, se déchirent, s’emboîtent ou se multiplient, choses parmi les choses, témoins d’existences fragiles et fragmentées, inquiètes ou jubilantes, emportées dans le mouvement perpétuel des environnements où elles se tiennent. Qu’est-ce qu’un visage ? Qu’est-ce qu’être soi ? Au cœur du musée, les visages de la collection – ceux d’Inès Andouche, d‘Antonio Brizzolari, de Mawuena Kattah, de Pascale Vincke et de tant d’autres – dialoguent avec un crâne surmodelé de Nouvelle-Guinée – Papouasie, un autoportrait de Rembrandt, une figure bricolée de Louis Pons, une lithographie de Bengt Lindstrom, une peinture d’Yvon Vandycke… Nous avons invité, également, des artistes contemporains qui reprennent en images les questions que leur adressent les visages de la collection. Thomas Chable, Hélène Tilman, Dominique Castronovo, Anne de Gelas, Dany Danino, Emilio Lopez ou Brigitte Corbisier interviennent dans les murs du musée en proposant, chacun, une œuvre qui relaie la thématique du visage. L’exposition « visages/frontières » est une machine à éprouver, à vivre et à penser les vertiges de l’identité.

DES EXPOSITIONS PARTENAIRES

Les artistes invités à dialoguer avec les images de la collection déploient également leurs interventions dans le cadre d’expositions, individuelles cette fois, en différents lieux qui créent, autour du Trink-Hall.Museum, tout un réseau de partenariats : La Boverie, le Théâtre de Liège, l’Émulation, la galerie des beaux-arts, la Cité Miroir, la galerie Quai 4, les Chiroux, la galerie Nadja Vilenne, la Chataigneraie ou la galerie Juvénal (les projets de ces trois derniers lieux étant, actuellement, en cours d’élaboration). En outre se tiendra au musée Curtius une exposition intitulée « Génies du lieu ». Elle a pour objet, non seulement le nouveau bâtiment du Trink-Hall.Museum, mais ceux qui l’ont précédé , les liens qui les unissent, leur histoire, la ligne de crête qui, de la fin du XIXe siècle à aujourd’hui, permet de penser le musée, le lieu où il se tient, dans la perspective ouverte des arts situés. Deux musées liégeois – La Boverie et le musée Wittert – accueilleront encore des expositions qui, au départ de leurs propres collections, suivent le fil tendu du visage. On y verra des peintures de James Ensor et de Pablo Picasso, des gravures d’Albrecht Dürer ou de Pierre Alechinsky, qui seront mises en regard de quelques pièces du Trink-Hall.Museum, déplaçant, inversant en quelque sorte le dispositif mis en place au musée. Les expositions partenaires, quel qu’en soit l’objet, créent au cœur de la ville de nouveaux parcours d’émotion et de sens.

LES MONOGRAPHIQUES

Au rez-de-chaussée du Trink-Hall.Museum, une salle est réservée aux « monographiques » : des expositions qui, tous les six mois, mettent à l’honneur un artiste travaillant en atelier, en Belgique ou à l’étranger. Le Trink-Hall.Museum est au service des ateliers et des formes expressives qui s’y déploient. Les trois premières monographiques feront connaitre des artistes de quelques ateliers phares – La Pommeraie (Beloeil), La S Grand atelier (Vielsam) et le Créahm-Bruxelles -, avec lesquels le Trink-Hall.Museum entretient des relations tout électives. La première des monographiques est consacrée à JeanMichel Wuilbeaux, artiste né à Valencienne, résident de la Pommeraie où il développe depuis une trentaine d’années une œuvre d’une exceptionnelle densité. Œuvre peinte, mais écrite également, à même la toile ou sur des feuilles volantes. Les mots de JeanMichel Wuilbeaux courent en liberté parmi les consciences et les idées reçues. L’ouverture du musée sera l’occasion de leur donner leur plein volume grâce à la lecture qu’en fera Thierry Devillers, accompagné par la musique de Steve Houben et de Stephan Pougin. Par la suite, la salle des monographiques accueillera les œuvres de Pierre de Peet (dès septembre 2020) et d’Adolfo Avril (dès mars 2021).

LES CHEMINS DU TRINK-HALL.MUSEUM

La saison d’ouverture du Trink-Hall.Museum est marquée, également, par plusieurs productions réalisées pour l’occasion dans le cadre des ateliers du Créahm. Elles seront présentées tantôt au musée et tantôt dans les institutions partenaires. Elles soutiennent, de l’intérieur, l’ouverture du musée, dont nous voulons que les ateliers du Créahm soient pleinement partenaires. Parmi les œuvres en cours de réalisation, on peut signaler « le musée idéal » : la réalisation par Alain Meert, accompagné par Patrick Marczewski, d’une grande maquette interprétant l’idée du musée sous la forme heureuse d’un bateau ; le « Valeureux trisomique liégeois » : projet d’interpellation citoyenne par les ateliers du Créahm sous la conduite de l’un des animateurs de l’atelier arts plastiques, Berga Fournier ; la réalisation d’un film – « L’axe » – par la vidéaste Anna Mancuso qui met en images le duo chorégraphique formé par Luc Eyen et l’animateur Alain Winand ; la réalisation par Gentiane Angeli et Anne Sophie Arnould d’un Kamishibai, petit musée portatif qui sert d’outil pédagogique et permet l’appropriation du dispositif muséal par les artistes du Créahm. Enfin, une résidence d’artiste est actuellement en cours au sein des ateliers : Brigitte Corbisier met à l’épreuve des artistes du Créahm toute la sensibilité et la poésie de son travail.

RECHERCHE ET MEDIATION

Le projet du Trink-Hall.Museum, déployé autour de la notion d’arts situés, est indissociablement artistique, social et politique. Il s’autorise des singularités de la collection et de l’expérience des ateliers pour penser l’expression artistique dans les relations qu’elle entretient avec la société, la culture et l’histoire, par-delà les seules normes et valeurs du monde de l’art, par-delà les stéréotypes d’une culture que l’on dit mondialisée. En son lieu propre, lui-même « situé », engagé auprès des artistes handicapés mentaux, soucieux des dispositifs qui rendent possible l’expression des mondes fragiles et marginaux, soucieux d’ouvrir les frontières, de reconnaître et d’éprouver leur porosité, soucieux de la liberté de l’art, le Trink-Hall.Museum, musée des arts situés, est un laboratoire critique et un outil d’émancipation. Il entend rencontrer sur ce terrain les publics qui le rejoignent par le biais d’une politique de médiation ouverte et participative. Le Trink-Hall.Museum est un lieu de vie et d’expérience, où l’attention est constamment portée à la rencontre des œuvres, des émotions, des idées, des publics. C’est aussi un lieu de débats et de recherche. Dès le mois de décembre 2019, un colloque international, réunissant à la Cité Miroir historiens, philosophes, anthropologues, psychologues, acteurs du monde de l’art et animateurs d’ateliers donnera l’impulsion à une réflexion libre, exigeante et engagée accompagnant, au plus proche, les activités du musée. L’ouverture du musée verra également la publication, parmi d’autres, d’un ouvrage mettant en valeur la collection, durable manifeste en faveur des arts situés, du musée qu’ils invitent à concevoir et à rêver.

CONTACTS

Trink-Hall.Museum coordination@madmusee.be +32 4 221 93 30 Contact : Marie Remacle

Atelier d’architecture Beguin-Massart beguin.massart@gmail.com +32 4 222 14 30