La Roue du temps-galerie Wégimont Culture
La Roue du temps-galerie Wégimont Culture

Brigitte CORBISIER
La Roue du temps
Commissaire : Régine Rémon
À la galerie du cinéma Churchill
Du lundi 28 septembre au dimanche 22 novembre 2026
Texte seulement
Pas besoin de mots pour aimer Brigitte
La Roue du temps
Panta Rhei, tout coule…
Pas besoin de mots pour aimer Brigitte
Brigitte Corbisier, La Roue du temps, 2010, triptyque, gravure à la pointe sèche, 26 x 276 cm.
Brigitte Corbisier, La Roue du temps, 2010, triptyque, gravure à la pointe sèche, 26 x 276 cm.
© Luc Lejeune
Elle fait les meilleurs rognons au porto de Liège. Au point qu’on peut affirmer que sans rognons, il n’y a pas de porto. Sans Brigitte, pas de monde pictural. Le plaisir manquerait, et le goût. Avec des moyens dérisoires, comment s’interroger valablement sur le sens de la vie ? S’y intéresser par l’infinitésimal, la bactérie ? Embrasser sans élan, le monde, cosmos compris ? La pauvreté des moyens peut-elle en décrire la richesse ? Poser la question et ne pas y répondre est de mise …
Le cœur de Brigitte la fait entrer en action, elle forme des petits monticules protégés, identiques, à fleur de peau, multipliés et répétés dans les espaces qu’elle crée. Ils sont l’essence même de sa recherche. Nous les pénétrons chacun. De l’intérieur, nous suivons ses galeries-roches. Elles se rejoignent ou s’éloignent, nous faisant découvrir des landes inexplorées. Les lunes et leurs ombres. Des traces de vies qui collent partout et brillent. C’est un peu rocailleux. Puis c’est strié …
Comment encore embrasser le Monde tant infini qu’invisible, sans outils ou si peu ? Brigitte le tente. Elle commence par triturer sa pensée, la multiplie sur feuille, l’arrache, l’oblige. Elle fabrique des rochers par strates, des chemins.
Des sentiers, d’ailleurs. Une architecture griffue d’où sortent les horizons supposés. Quelques couleurs.
Parfois, une congère. Si c’est humide ou mouillé, elle laisse sécher à l’envi. À l’envi plutôt qu’au besoin car elle est mariée au hasard. Comme Eden. Elle élabore ses paradis. Les grands,
les petits, les inconnus surtout. De nouveaux parfois. Alors arrive l’outil-roi, l’agression délibérée, la pointe dirigée, la maladresse voulue, le retour en arrière comme un accouchement évident. Quotidien, d’heure en heure. La déglutition : elle avale autant qu’elle recrache. Elle est devenue
machine ! Elle pond du cerveau ! Façonne de la main ! Sans répit !
Brigitte avance dans ses longueurs kilométriques, corrige et rature. Elle note et coco-note, met en exergue et ponctue, colle et défait. Elle chante aussi, fait grand bruit. Ça gratte aux oreilles : les papillons restent, les oiseaux s’égaillent, sauf les choucas.
Regarder son travail entre les formes, les couleurs des matières, toucher des yeux, comble. Les griffures dirigent, emmènent, promènent et découvrent les paysages de l’intérieur des crânes, celui de Brigitte comme celui de certains êtres. Le crâne des mouches, le crâne des fleurs et des amibes. Parfois des cerveaux de malades, les voies de la résurrection, des guérisons. La mémoire de la vie. Une respiration, une sorte d’optimisme étranger que l’on peut toucher du doigt.
Dorénavant.
Brigitte Corbisier est une plasticienne, une athlète de l’art. Dans l’arène, Article 17 ou non, nous sommes les bienvenus. Il faut s’habituer à l’obscurité, aux blancs souillés, aux odeurs comme aux parfums, à la légère lumière du fond qui aide, par derrière. Il ne faut pas être trop aveugle, ni trop sourd, ni pressé. Ni trop exigeant avec soi-même. L’arrêt est autorisé, encouragé même.
Sur demande expresse.
C’est simple, il faut accepter de se laisser guider dans les méandres de sa pensée. Se laisser emporter avec calme. Se réjouir de la paix, enfin. Simplement.
