Plaque tournante du trafic liégeois et centre commercial très actif, les boulevards d’Avroy et de la Sauvenière ont gardé la forme sinueuse des anciens quais de notre fleuve et de ses bras.

La Meuse suivait autrefois le tracé des actuels boulevards d’Avroy et Piercot. La rivière d’Avroy, elle, partait des Augustins et se prolongeait par le canal de la Sauvenière formant une grande boucle autour du quartier de l’Île. Pendant des décennies, les larges berges de la rivière d’Avroy étaient la flânerie favorite des habitants de notre cité, jusqu’à ce que, au milieu du 19e siècle, Monsieur Blonden (Directeur des travaux publics de la Ville de Liège de 1857 à 1880) décide de moderniser la ville, de l’assainir, de l’embellir. Pour y fluidifier la circulation, il fait assécher les bras d’eau qui s’étaient transformés en égouts à ciel ouvert et, les remplace par des voies charretières où circule bientôt le tram. Entre les deux avenues ou dans le parc d’Avroy, les Liégeois peuvent ainsi découvrir d’autres promenades et de nouveaux monuments, la statue de Charlemagne ou la façade du Lycée Léonie de Waha, par exemple.

Des deux côtés du boulevard de la Sauvenière s’installent des salles de spectacle qui, plus tard, se modernisent en cinémas, le Crosly et le Carrefour. Ils finiront par disparaître également, modernité encore, lorsque le petit écran « chez soi » aura fait concurrence au grand écran…Modernité toujours, c’est ici aussi que va se construire, dès 1938, un immeuble de style paquebot, à la fois établissement de bains, complexe sportif et piscine couverte, sur six étages. Le site a été aujourd’hui magnifiquement réhabilité pour faire place à « La Cité Miroir », un lieu au service de la citoyenneté, de la mémoire et du dialogue des cultures.

Le Boulevard d’Avroy, lui, est particulièrement connu pour la foire qui s’y installe chaque année en octobre. La foire de Liège ne s’est pourtant pas toujours établie là et elle n’a pas toujours eu lieu en octobre, d’ailleurs, mais elle reste la plus ancienne kermesse belge toujours en activité. A la fin du 16e siècle, le Prince-Evêque Ernest de Bavière décide la création d’une foire annuelle sur la Batte. Elle dure deux semaines à partir de la fin octobre et, prend le pas sur toutes les autres foires de Liège pendant près de deux siècles. Il faudra attendre le chantier de réaménagement des quais de la Meuse, au milieu du 19e siècle, pour que la foire déménage sur le tout nouveau boulevard d’Avroy, pendant les travaux. Une délocalisation qui persiste jusqu’à aujourd’hui. Puis, pour profiter d’une météo plus clémente, la foire de novembre deviendra « la Foire d’Octobre » à la fin du 19e siècle.

A Liège, chacun attend avec impatience l’arrivée des forains qui parcourent les routes pour venir nous divertir. Mais savons-nous vraiment comment ils vivent dans les coulisses ? Tous sont fiers de leur indépendance et de leur liberté d’action. Ils ne s’ennuient jamais ! Ils n’en ont d’ailleurs pas le temps : derrière les manèges et les attractions, ils travaillent sans relâche. Au moment des foires, évidemment, ils sont là tous les jours, jusque tard dans la nuit. Et pendant les périodes de trêve, ils remettent le matériel à neuf, ou le modernisent avant de repartir proposer d’autres moments de rêve aux plus petits ou de nouvelles sensations fortes aux audacieux.

Les forains rencontrent souvent l’élu(e) de leur cœur sur leur lieu de travail. Les enfants naissent sur la fête foraine et c’est là aussi qu’ils apprennent le métier, tout en poursuivant des études par correspondance ou en internat, comme l’ont fait avant eux leurs parents et leurs grands-parents. La fête foraine, c’est une affaire de famille…on naît forain !

Dès le samedi 30 septembre, les stands alignés le long du parcours vous proposeront une palette d’attractions. Voici donc revenus la grande roue et les manèges. Vous préférerez peut-être un luna-park, un stand de tir, le labyrinthe ? Un voyage en train fantôme ? Jeux d’adresses ou sensations fortes, les émotions, ça creuse…lacquemants et croustillons ou une pomme d’amour compléteront la visite ? A vous de choisir, donc, mais nul doute que cette année encore, la foire résonnera de cris et de rires pendant 6 semaines, pour la plus grande joie des petits et des grands. Comme chaque année, 1,5 millions de visiteurs, parfois venus de loin, se plongeront dans le folklore et l’ambiance festive, pour passer du bon temps, en famille ou entre amis. La Foire d’Octobre nous attend !

L’ambiance chaleureuse et attractive de notre belle Foire d’Octobre

Sur nos boulevards, pendant plus d’un mois, l’animation est à son comble. Lumières chatoyantes et musiques dynamiques rythment nos jours et nos soirées en ce début de grisaille automnale.

Mais qui se cache derrière tous ces métiers…. Nous sommes allés à la rencontre de quelques forains afin de découvrir leur vie, leurs rêves…
Avec pudeur, ils se sont confiés sur leur existence en coulisses. Ils vivent comme nous, déjeunent en famille, font leurs courses dans les commerces de proximité (selon leurs bonnes vieilles habitudes depuis tant d’années), prennent l’apéro entre amis (dans leur endroit fétiche), vont conduire les enfants à l’école sur la foire, réceptionnent les marchandises et réalisent leurs préparations.

Une vie à 100 à l’heure ! Car même si leur attraction ou stand est fermé, il faut entretenir et nettoyer le matériel, les camions, rechercher des nouveautés. Les normes sont très strictes et la majorité des métiers doivent être vérifiés avec minutie. Et ils nous avouent qu’il n’y a pas de longs moments de trêve, pour certains ce sont les marchés de Noël et les Carnavals qui remplissent les mois d’hiver. Pour d’autres, ils ont un emploi complémentaire d’employé ou d’ouvrier pendant 4 ou 5 mois.

Notre foire d’octobre, foire conviviale où tout le monde est heureux de venir, le public y est souriant et charmant. Et apparemment, ce n’est pas le cas de toutes les foires… le Liégeois garde sa réputation de bon vivant ! Certains forains sont fiers d’afficher leur origine purement liégeoise et le revendiquent haut et fort. Les parents de Muriel Wynands ont choisi l’internat de Spa pour sa scolarité. Elle nous confie y avoir passé de belles années et son désir de garder une majorité de fêtes aux alentours de notre métropole.

De plus, la Ville de Liège fait toujours son possible pour l’agencement des emplacements et surtout avec les actuels travaux en cours (CRÉAHM). D’ailleurs le système de « bail ou abonnement à long terme » est bien plus confortable qu’à l’époque des adjudications. Cela leur permet d’avoir la sécurité de garder leur place sans devoir chaque année passer par des enchères avec le risque de ne pas avoir la possibilité de travailler. Liège veut garder sa foire au centre-ville malgré les nuisances que cela peut occasionner aux riverains. Leur établissement sur nos boulevards permet aux forains une interactivité avec les commerçants et une belle synergie avec la ville qui les accueille. Il faut savoir que dans certaines villes, ils sont relégués sur des terrains vagues à la périphérie et par cette décentralisation, ils sont coupés de l’activité socio-culturelle.

Ils nous offrent du rêve mais quels sont leurs rêves ? Dans cette vie de nomade, certains aimeraient voyager encore plus loin, d’autres devenir Miss Belgique (notre petit clin d’œil à Caroline Delforge… Votez pour elle !), avoir sa baraque de croustillons et lacquemants au Standard pour en distribuer à l’équipe quand ils seront champions (Maxim Delforge fan des Rouches… si Bruno Vénanzi nous lit…), ou tout simplement que leurs enfants soient heureux et qu’ils continuent la foire (sans obligation bien sûr !).

Ont-ils quelques anecdotes à nous confier suite à leurs nombreux passages dans notre cité ardente ? Johan et Jennifer Hart nous avouent que celles-ci sont nombreuses et font partie de leur quotidien qu’ils ne savent et parfois n’osent pas les raconter. Pour Mercédès Delforge, qui tient la Suisse, l’un des plus vieux métiers de notre foire, on vient faire la descente de grand-père en petit-fils, on y voit défiler toute la famille avec des histoires touchantes chez chacune. Pour Maxim, le souvenir d’un 11 novembre avec obligation de fermer, et plutôt que de jeter la marchandise, ce sont des associations qui en ont profité. Depuis ce jour, il perpétue ce geste chaque année.

De génération en génération, les métiers se transmettent avec amour et passion, sans obligation et parfois avec des changements de type de métier au fil du temps. D’hier à aujourd’hui, nos forains animent nos vies du sourire des enfants aux émotions fortes, des plaisirs gustatifs sucrés aux salés !

Un tout grand merci à Lambda Photography by Philippe Demasy pour l’illustration de cet article.

Josette et Sandrine

Nous remercions nos partenaires du Focus quartier pour leur soutien :

 

       

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