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RENCONTRE AVEC JEAN CHRISTOPHE HUBERT

MAITRE D’ŒUVRE DE L’EXPOSITION « COBRA ET APRES »

Lecteurs du MagLiège, le nom de Jean Christophe Hubert ne peut vous être inconnu ! Auteur de bon nombre d’articles bien ficelés sur les acteurs et les événements culturels de la Province de Liège, il est surtout une personnalité incontournable du monde de la culture belge. Commissaire de la double exposition “CoBrA et après” et “Pierre Alechinsky” » présentée au Palais du Curtius jusqu’au 15 janvier 2017, il a accepté de nous rencontrer et de nous parler avec une grande sympathie et beaucoup de passion de son métier, de ses réalisations et de ses projets, …

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Jean-Christophe Hubert, comment devient-on commissaire des expositions “CoBrA et après” et “Pierre Alechinsky” ?

Jean-Christophe Hubert : Cela fait exactement 20 ans que je fais des expositions. Après une formation d’historien de l’Art à l’ULg, deux opportunités m’ont permis de découvrir ce métier alors que j’étais encore étudiant : une collaboration avec le site historique de l’Abbaye du Val-Dieu puis avec le Service des Collections Artistiques de l’Université de Liège. Mon orientation vers ce métier a été définitive lorsque j’ai été engagé comme directeur artistique par l’asbl Collections et Patrimoines. J’ai pu travailler sur des expositions comme Pierre-Paul Rubens à Eupen, Léonard de Vinci et Made in Belgium à Bruxelles ou Sos Planet et les Golden Sixties à Liège. Cette expérience fut très enrichissante et j’ai beaucoup appris durant ces années. Mon seul regret était de ne plus être assez en contact avec les œuvres d’art. J’ai alors quitté ce poste pour le Musée des Arts et Manuscrits de Bruxelles avant de développer finalement ma propre société en 2008-2009. Mon travail comporte deux facettes : d’une part je fais des scénographies de musées ou d’expositions sur commande comme celle de l’Espace Charlemagne au Musée de Herstal ou celle du Musée du Chocolat Jean-Philippe Darcis à Verviers, d’autre part, je réalise des expositions et les propose à des villes, à des lieux, c’est le cas de la double exposition « CoBrA qui se tient au musée Curtius en ce moment.

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Votre travail de commissaire d’exposition me semble encore peu connu du grand public, comment le définiriez-vous ?

J-C H : Le travail du commissaire d’exposition doit rester mal connu, il a pour moi une obligation de transparence et le devoir de s’effacer devant le public. Son rôle est de laisser la relation s’établir entre ce dernier et l’artiste. L’œuvre d’art n’a pas été faite pour des spécialistes mais pour le public. Je ne cherche pas à orienter le visiteur mais à respecter son ressenti, les émotions sont essentielles pour aborder l’art du XXe siècle. C’est la démarche mise en œuvre dans l’expo CoBrA, j’ai choisi de minimiser les commentaires et de ne donner que quelques clés de décodage au visiteur.

Pour en revenir à cette double exposition au Curtius, comment l’avez-vous conçue ? Que vouliez-vous faire découvrir et partager au public ?

J-C H : En tant que commissaire d’exposition il est difficile dans notre société de consommation de trouver des sujets attractifs qui donnent envie au public de se déplacer. CoBrA a l’avantage d’être un mouvement d’avant-garde qui est né en Belgique et dans les pays d’Europe du Nord, alors qu’au XXe siècle, les grands centres artistiques se trouvent en France, aux Etats Unis, en Italie. C’est donc une fierté nationale ! C’est aussi un très beau mouvement avec une démarche intemporelle, les artistes tentent de trouver des solutions à une période d’après-guerre mondiale troublée : le retour à une créativité pure, enfantine, celle des origines de l’humanité. Ils se laissent toute liberté en matière de création, ce qui se traduit par une grande diversité des œuvres.

Comment avez-vous fait le choix des tableaux à exposer et que répondez-vous à ceux qui vous reprochent de ne pas présenter les pièces maîtresses des peintres du mouvement CoBrA ?

J-C H : Ce sont essentiellement des toiles issues des collections de la ville ainsi que des tableaux venants de collections privées belges, néerlandaises, françaises. A ceux qui me font ce reproche, je réponds que lorsque l’on réalise une exposition, il faut faire des choix artistiques et financiers cohérents. Ce qui est essentiel chez CoBrA c’est le geste et toutes les œuvres qui sont des représentations très personnelles des artistes ont de l’importance. Economiquement, je ne suis pas partisan d’un art dépendant des subsides mais plutôt d’un art raisonnable. J’ai conçu cette exposition dans cette optique avec l’objectif d’arriver à l’équilibre.

Nous savons que vous accordez une valeur pédagogique à l’art, quelle place faites-vous aux jeunes visiteurs dans les expositions ?

J-C H : Depuis 2005, j’accorde une grande importance aux jeunes visiteurs. Je conçois les expositions pour les adultes mais également pour les enfants : il est très important d’éduquer les plus jeunes à l’art. Dans le cadre de l’exposition CoBrA, je leur fournis des outils ludiques à travers des fiches-jeux que l’on peut obtenir à l’accueil du Curtius ou que l’on peut télécharger sur le site www.grandcurtiusliege.be. Des animations sont également organisées : dimanche dernier, j’ai assisté à une journée spéciale enfants où parents et enfants étaient réunis pour vivre des expériences très enrichissantes. Un atelier de peinture dans le noir, une activité de description des œuvres par les enfants à leurs parents qui avaient les yeux bandés … Moi, le spécialiste qui connais les codes j’ai été impressionné par la perspicacité des enfants, leur lecture des œuvres était parfaitement juste.

Vous avez dirigé artistiquement les expositions sur Rubens à Eupen et sur De Vinci à Bruxelles, est-ce une tâche aisée de faire aborder l’art contemporain au public ?

J-C H : Il existe un débat dans le domaine de l’art, un débat générationnel qui oppose un art classique à un art devenu plus diffus depuis plusieurs décennies. Alors que le public des générations précédentes qualifie d’œuvre d’art un tableau ou une sculpture signé par un des dix grands noms d’artistes mondialement reconnus, ma génération et celles qui suivent sont plus curieuses et ouvertes aux multiples facettes de la création et aussi plus enclines à la découverte de nouveaux artistes.
Mon rêve serait de faire une exposition sans étiquettes pour que le public découvre les œuvres sans aprioris et s’imprègne du tableau avant même de regarder la signature.

Quelle est votre actualité ? Avez-vous des projets en cours ?

J-C H : Actuellement, j’ai un grand projet de scénographie pour le Musée du Cristal à Bruxelles. Je travaille également avec la Princesse Léa de Belgique afin de réaliser, toujours à Bruxelles, une exposition en hommage à son époux le Prince Alexandre. Je suis aussi en train de réaliser une exposition itinérante sur Léonard de Vinci qui débutera à Bruges avant de se déplacer dans le monde entier. En parallèle, je gère des projets déjà en place dans les très beaux sites de Pouhon Pierre Le Grand à Spa et de Oud-Sint-Jan à Bruges.

N’hésitez pas à aller découvrir les expositions « Cobra et après » et « Pierre Alechinsky » au Palais du Curtius jusqu’au 15 janvier 2017 !

Par Stéphanie Simonnet pour Culture Liege ASBL